DANY DAN
>>> Mercredi 30 octobre 2003
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THOMAS : Pour commencer pourrais-tu nous faire une petite présentation pour ceux qui ne te connaissent toujours pas...

DANY DAN : Okay, moi je m’appelle Dany dan, j’ai commencé le rap environ vers 89. Vers 89-90 on a formé les sages Poètes de la Rue avec mes acolytes Zoxea et Melopheelo… On a fait tout le parcours habituel des rappeurs, c’est à dire les mixtapes, les compilations et on a fini par sortir notre premier album … Qu’est-ce qui fait marcher les sages en 95.. 2 ans plus tard en 97 on a sorti notre deuxième album, c’était un double album qui s’appelait Jusqu’à L’Amour, et en 2000 on a sorti le dernier album qui s’appelle Après l’Orage. Et là je suis en train de préparer mon premier album solo…


THOMAS : Comment es-tu arrivé dans la culture hip hop et comment en es-tu arrivé à rapper ?

DJ DANY DAN : J’ai découvert le hip hop dans la rue, simplement, parce que j’aimais bien traîner dehors… C’est de là que viennent le hip hop, le rap, etc… ; et j’ai embrassé directement tous les aspects de la culture j’essayais de, breaker, de danser, de rapper, de taguer, de graffer, de Djayer aussi un peu, j’ai fait un peu de tout mais les 2 trucs qui m’ont surtout accroché d’abord ça a été le tag et le graffiti, et par la suite ça a été le rap.


THOMAS : Pourquoi t’es-tu appelé Dany Dan ?

DJ DANY DAN : Oh ça remonte à loin… quand j’étais petit, quand j’étais en Afrique j’ai toujours été un fan de Lucky Luke. Et après plus tard quand je me suis mis dans le rap, je me suis aperçu quil y avait des noms comme Flavor Flav, Teddy Ted… Tu sais il y en a plein des comme ça, donc je me suis dit Dany Dan ! Je m’appelle Daniel, tout le monde m’appelle Dany, donc Dany Dan.


THOMAS : Quelles ont été tes influences rap à tes débuts ?

DANY DAN : Oh à l’époque vers 89 j’écoutais tout ce qui était Erik B & Rakim, NWA, les grands noms de l’époque quoi… Y’avait les Kid & Play, les Doggy Fresh, Public Enemy evidemment, Lakim Shabazz, la liste est longue ! Là actuellement c’est super effervescent mais faut savoir que ça fait pas longtemps que ça dure et à l’époque y’avait plein plein de gars qu’étaient là… Ca c’est les débuts et après plus tard je me suis mis à écouter beaucoup EPMD, A Tribe Called Quest, De La Soul, des trucs comme ça. Principalement New York on va dire, mais j’avais rien contre la West Coast j’aimais bien aussi tout ce qui était Tone Loc, NWA, Ice Tea, Ice Cube, tous les solo d’Ice Cube ils étaient fumants, notamment le premier… Y’avait plus de groupes que je préférait qui venaient de la côte Est mais j’aimais aussi la côte Ouest sans aucun problème.


THOMAS : Comment as-tu rencontré Zoxea et Melopheelo et comment se sont formés les Sages Poètes de la Rue ?

DANY DAN : On vient de la même ville Boulogne Billancourt, et dans la rue quand je commençais à traîner j’entendais parler d’eux, ils dansaient, ils taguaient, etc… Et eux ils ont entendu parler de moi, et Boulogne c'est pas très on a fini par se rencontrer, l’alchimie est passée très vite et on est restés potes, tout simplement. On a commencé à rapper ensemble et on est restés quoi…


THOMAS : Au début je crois que vous ne vous appeliez pas Sages Po…?

DANY DAN : Ouais au début on s’appelait Soul Pop Rock MC’s, Soul Pop Rock on a gardé les initiales… Comme c’était l’époque où tout le monde taguait, on nous appelait les SPR, on a gardé ces initiales comme c’était un peu connu, les groupes… Ca a on avait déjà fait quelques scènes par-ci par là, on voulait pas gâcher ce nom là et on a mis les mots qui nous semblait le mieux nous correspondre : Sages Poètes de la Rue.


THOMAS : Justement, pourquoi Sages Poètes ?.

DANY DAN : Sages, c’est pas le côté sage, vieux, c’est plus le côté calme, on n’est pas exubérants et expansifs, quand tu nous vois on est pépères, donc Sages, Poètes parce qu’on fait du rap et la Rue…


THOMAS : Peux-tu nous parler un peu de l’aventure Beat 2 Boul…

DANY DAN : Tout simplement Beat 2 Boul c’est nos potes, c’était les gens qui étaient derrière nous. Quand on a sorti le premier album y’a beaucoup de gens qui nous supportaient, qui nous poussaient, toujours avec nous en studio, etc… Et il se trouve que c’était des rappeurs, enfin ils voulaient rapper, et ces mecs là sont devenus les Mala, etc… que tu connais maintenant. Donc, on voit qu’ils rappent, qu’ils ont du talents, donc qu’est-ce qu’on fait ? On essaye de les mettre sur le devant de la scène, donc on a formé ce label et ce groupe là pour pouvoir les mettre en avant, tout simplement.


THOMAS : Tu peux nous rappeler qui il y avait...

DANY DAN : Beat 2 Boul c’était le rassemblement de Sages Poètes de la Rue, Malekal Morte, Mo’Vez Lang, à un moment il y a eu Lunatic, et plein d’autres petits MCs qui sont peut être un peu moins connus, comme Pass Partoo… Y’avait aussi Sir Doum’s, comment je peux l’oublier… J'en oublie peut-être... La moitié de La Cliqua, ils étaient plus ou moins avec nous surtout Kohndo et Egosyst parce qu’ils habitaient à Boulogne à l’époque, mais ils ont formé La Cliqua donc ils sont pas rentrés dans Beat 2 Boul, mais sinon ils seraient venus.


THOMAS : Et donc comment ça a pris fin ? Chacun a pris son chemin ?

DANY DAN : Tu sais on étaient jeunes, nous qui étions on va dire les gérants du label on a pas bien su chapeauter et canaliser tous les egos… Ca a fini par exploser tout ça, on était trop. Trop et trop de talent, trop de fortes personnalités… Et chaque groupe après avait sa petite cour, tu sais très souvent les potes ça tire dans une autre direction que l’intérêt général : les potes de tel mec veulent que ce mec là soit plus en avant que les autre, etc... et à la fin ça fini par exploser quoi. Mais Dieu merci on ne s’est pas quittés en mauvais termes, tout le monde est toujours à Boulogne, quand on se croise on se dit bonjour y’a pas de problème, on fait toujours des trucs ensembles.


THOMAS : J’ai appris y’ pas longtemps que tu faisait du graff, et je voulais que tu nous parle de ton évolution, des crew dont tu as fait partie, etc....

DANY DAN : J’ai commencé par le tag évidemment, mais très très vite je me suis mis au graff, parce que j’ai toujours dessiné… Mais pendant une bonne période j’étais vraiment tagueur de chez tagueur…


THOMAS : Tu taguais quoi à l’époque ?

DANY DAN : Je taguais WOKE, puis après je me suis mis à taguer POP… mais l’époque où j’ai vraiment beaucoup tagué c’était WOKE, et j’étais dans un groupe qui s’appelait DES et où y’avait Distur.. quelques grands noms, même ONO on se voyait et on taguait ensemble… Voilà, après je suis plus rentré dans le graffiti, quand c’est devenu vraiment chaud par rapport au tag, quand les gens commençaient à partir en prison… à l’époque du Musée du Louvre. Même un jour je me suis aperçu que je me faisait suivre par des inspecteurs donc à ce moment là tu vois je me suis dit «arrête tu peux faire un truc plus constructif, tu peux même te faire payer pour ça…» et j’ai arrêté de taguer tout le temps, parce qu’avant c’était vraiment le samedi soir je sortais pas j’allais taguer, et donc je suis rentré dans le graffiti, j’ai rencontré les membres de mon crew qui s’appelle UTP. A l’époque où je suis rentré dans le crew y’avait des gens comme Number 6, etc… Mais après ils sont parti, ils ont fait leurs route. Et donc je suis toujours avec UTP, on peint toujours ensemble. Dans UTP on est 3 maintenant, y’a moi (POP), MESK1 et PICTURAL. Moi au niveau du graffiti je suis spécialisé dans les personnages et les paysages. Au début je faisait des lettrages mais bon, après dans le crew MES est spécialisé dans tout ce qui est lettrages, il est 15 fois meilleur que moi donc je le laisse et PICTURAL il est à peu près polyvalent il fait à peu près des 2, et moi je me suis centré que sur les persos.


THOMAS : Toi qui est là depuis longtemps sur la scène hip hop, quel est ton regard sur la scène rap française et son évolution ?

DANY DAN : Moi je trouve qu’elle évolue très bien, le seul truc que je trouve déplorable c’est l’ambiance, elle est détestable. Avant que l’argent entre en jeu, c’était pas comme une grande famille mais tout le monde était plus ou moins pote, bon y’avait des petites embrouilles ici et là mais rien de grave… Tu pouvais aller à l’Elysée Montmartre et voir tout le monde, ils étaient tous là sans aucun problème;alors que maintenant la caillasse a fait que c’est devenu violent et détestable, complètement à l’opposé de toutes les valeurs du Hip Hop. Mais la vie est devenue comme ça tu sais, dans les quartiers c’est de plus en plus dur, etc… Je dirais donc que l’ambiance générale est devenue détestable.


THOMAS : Et au niveau musical ?

DANY DAN : Non au niveau musical franchement je suis content, il y a du talent… Il y a beaucoup de gens qui disent que le rap tombe mais c’est juste les mauvaises personnes qui sont exposées, mais crois moi, on l’a même vu hier (lors d’un open mic qu’il a animé nd Thomas), il y a beaucoup de jeunes qui ont du talent, qui sont remplis de positivité, de bonnes idées, d’énergie… Non je trouve qu’il y a un vivier hip hop qui est encore complètement là, et c’est pas mort. Ceux qui pensent que c’est mort ou qui sont lassés ont qu’à lâcher l’affaire, tant mieux, ça fait un peu une sélection naturelle; et ceux qui sont fan ou qui aiment vraiment cette forme d’art continueront à le défendre. J’en ai vu des gens venir et partir et revenir… Tu vois ce que je veux dire ? Il a une sélection naturelle qui se fait, il y a des gens et qui fatiguent un peu mais ils sont là que pour un temps. Dès que ça devient un peu dur, on voit qui sont les vrais, on voit qui aime vraiment le Hip Hop. Et malgré vents tempêtes et marées, ils seront là, qu’on dise que c’est bien ou pas bien. Il a eu une époque où on sortait pas de disque, tu vois ce que je veux dire, et regarde où on est maintenant... Donc je vais pas me plaindre…


THOMAS : Et Skyrock…

DANY DAN : Non Skyrock c’est cool, c’est un gros média qui balance du rap tout simplement. Après le mec il le dit lui-même : «moi mon but c’est pas d’élever le Hip Hop, moi je passe du rap», donc à partir de là… Par exemple, par rapport à moi, si il passe ce que je fais c’est cool, si jamais il passe pas, je m’en fous. C’est aussi simple, je donne pas plus d’importance à Skyrock que ça.


THOMAS : Je suis d’accord que c’est un tremplin et que ça aide à être diffusé largement, mais il se met du coup en place une espèce de formatage…

DANY DAN : C’est parce que les gens veulent se laisser formater, tu vois… Au niveau Hip Hop on devrait pas donner à Skyrock tant d’importance…


THOMAS : Il y en a qui font des albums juste destinés à passer sur Sky et non plus pour la créativité musicale…

DANY DAN : Bien sûr ceux-là, tu les vois, je vais pas donner de noms ni rien, mais tu les vois, ils font un album, il passe sur Skyrock, et l’album d’après, si Skyrock le passe plus, ils sont morts. Donc les mecs qui choisissent de faire ça, tant pis pour eux, ou bien tant mieux pour eux… Chacun est libre de faire ce qu’il veut. Skyrock dès le début ils le disent : «moi c’est pas le Hip Hop qui m’intéresse, je veux juste passer du rap et avoir plein d’auditeurs», donc après soit toute ta vie tu la passes en pensant à Skyrock, soit tu vis ta vie tranquillement. Donc pour moi c’est une radio, si ça passe tant mieux, sinon tant pis. Tu vois avant le rap c’était indépendant et rares étaient les groupes signés en major, maintenant beaucoup de groupes sont signés en major et les majors veulent faire des caillasses et donc pour rentabiliser faut que ça passe à Skyrock… Mais chacun est libre de faire ses choix.


THOMAS : Pour en finir avec la scène Hip Hop, quels sont les groupes que tu kiffes en ce moment et quels sont les derniers skeuds qui t’ont marqués ?

DANY DAN : Oh moi en ce moment j’écoute The LOX, et l’artiste que je kiffe vraiment aussi c’est Jadakiss et le dernier album où je me suis pris une claque c’est celui de son acolyte Styles.


THOMAS : Et au niveau rap français ?

DANY DAN : En rap français j’écoute tout, sincèrement, j’essaie de tout écouter. Mais surtout j’ai toujours tout écouté parce que c’est mon métier donc je me tiens au courant de ce que font les concurrents, mais là maintenant c’est parce que je vais essayer de sortir des mixtapes, mais des mixtapes de rap français, de disques français. Actuellement, c’est mon opinion, je trouve que le marché de la mixtape est un peu faussé: c’est plus de mixtapes que font les mecs mais des compilations. Une mixtape, tu prend un disque qui est déjà là et tu le mixes avec un autre, etc… Mais si tu demandes à quelqu’un de venir faire ton truc, c’est une compile ça, même si c’est des freestyles… Donc je vais essayer de me lancer là-dedans.


THOMAS : Sur nombre de forum sur internet, tu fais parti des rares MC’s à faire l’unanimité… Qu’est-ce que ça te fais, et comment expliquerais-tu cela ?

DANY DAN : Moi je pense que c’est parce que je suis pas menaçant pour le mecs, tout simplement… Je suis certain que si j’avait plus de succès, tu verrais plus de détracteurs. Parce qu’à partir du moment où il y a des gens qui t’aiment, il y en a qui ne t’aiment pas. Le noir n’existe pas sans le blanc. Je me dis que si il y a que des gens qui parlent en bien de moi, ceux qui devraient parler en mal s’en foutent. Quand y’en a un qui dit «moi Dany Dan j’aime bien», l’autre s’en fout, c’est pas menaçant par rapport à ce qu’il pense qui est bien, donc il dit rien.


THOMAS : Donc il n’y a pas de réaction négative, il y en a qui sont positive et les autres…

DANY DAN : Moi c’est ce que je me dis franchement… J’aime pas me monter la tête, je refuse de croire en ma propre hype, tu vois ce que je veux dire, et je me remet tout le temps en question… J’ai pas fait que des bonnes choses tu vois…


THOMAS : On sent qu’il y a vraiment beaucoup de travail dans tes textes au niveau de la forme, des métaphores, des rimes, etc… Comment travailles-tu ça ?

DANY DAN : C’est super simple: j’écris tout le temps. C’est comme la musculation, si tu fais tous les jours 10 pompes, après… tu vois ce que je veux dire ? Et bien voilà, j’écris tout le temps, tout le temps, tout le temps, et le phrases sont de mieux en mieux, etc… ça progresse, tout simplement. C’est le travail.


THOMAS : J’ai remarqué que tes textes sont souvent à base d’égotrip ou de sujets légers, est-ce que le rap politique ou conscient ne t’intéresse-t’il pas ?

DANY DAN : Je traite aussi de sujets un peu plus conscient ou bien sociaux politiques, mais jamais complètement à fond… C’est pas moi, tout simplement. Par exemple, si tu passes une journée avec moi, on ne va pas avoir de grosse conversations profondes et politiques… Donc pourquoi est-ce que je vais me prendre la tête, tu vois ?


THOMAS : Je suis d’accord, t’essaie de rester toi-même mais le rap peut également avoir une dimension plus politique…

DANY DAN : Ouais, mais il y en a qui le font, donc ok, c’est cool. Si jamais tu veux du rap politique, écoute ceux qui le font, tu vois. Tu sais, pour moi aussi le hip hop c’est la liberté, tu peux faire ce que tu veux, et au contraire quand quelqu’un me dit de faire ça, je lui dis relève-toi… Je suis conscient de ça, que j’ai cette image très freestyle et légère, mais je vais essayer de changer ça sur mon album. Parce que, non c’est vrai je fais beaucoup de freestyle, mais il y a aussi des morceaux très politiques… mais ces quelques morceaux sont noyés dans une mer de freestyles.


THOMAS : Tu es réputé pour être un grand technicien, et j’aurai aimé avoir ta définition de ton flow… Je sais c’est chaud mais je voudrais que t’essaie…

DANY DAN : …J’essaie de sortir ce qu’on appelle des punch line, des rimes coups de poing , genre une ligne qui te reste dans la tête. J’essaie de sortir des rimes comme ça tout le temps. Après pour aller plus techniquement, des histoires de caisse claire, de pieds, ceci, cela, ça change au fur et à mesure des années, comment je rappe maintenant n’a rien à voir avec comment j’étais avant, avant je faisais attention aux caisses claires, maintenant je fais attention à d’autre trucs, plus à la voix, plus au timbre.. ça évolue ! Mais moi c’est plus la rime coup de poing. Je veux que quand je croise un pote dans la rue il me dise «Putain, t’as dis ça, t’as dit cette ligne-là !». Voilà ce que je cherche !


THOMAS : Zoxea et Melopheelo se sont mis tous 2 à la production, est-ce que ça ne t’a jamais tenté ?

DANY DAN : Non, jamais vraiment. Mais depuis le début, depuis qu’on s’est rencontré, ils ont toujours eu ce côté très très intéressé par la musique… Dès le début on a été parmis les premiers à avoir un S3000, etc… Non ils ont toujours été très intéressés par la musique, par exemple Melopheelo, il adore les basses,il entend une belle basse il est aux anges… ouais, c’est eux, moi je lis des livres, … c’est plus les phrases qui m’intéressent. Après c’est en fonction des centres d’intérêt, et c’est la vie qui a fait ça…


THOMAS : Et tu as jamais essayé ?

DANY DAN : Si si, j’ai essayé, j’ai produit un peu par-ci par là, tu vois, mais très souvent… Tu sais j’ai un sampler chez moi, imagine je suis en train de faire un beat,dès que le beat est à peu près carré je commence à écrire dessus, et après j’oublie je le finis pas… Tu vois ce que je veux dire…


THOMAS : Toi c’est vraiment le texte… On en arrive à la sortie de ton dernier maxi, la question s’impose : pourquoi Case Départ ?

DANY DAN : Oh je crois que c’est clair… Voilà c’est mon premier solo, c’est la première fois que je viens tout seul; je me sens un peu comme un nouvel artiste, sincèrement. J’ai l’impression d’avoir à nouveau 17 ans. Par exemple hier c’était ma première scène… sincèrement ! (rire) Non c’était ma première scène, je te garantis,la première tout seul: comme un nouveau départ. En même temps j’ai monté mon label qui s’appelle Disques Durs, c’était le premier maxi qui sortait de ce label-là… Donc pour plein plein de raisons, c’est Case Départ.


THOMAS : En même temps c’est un peu contradictoire, vu depuis combien de temps tu es là…

DANY DAN : En matière de Dany Dan, tu vois… Mais le temps depuis lequel je suis là,il y avait marqué Sage Poète de la Rue…


THOMAS : Bon, parlons de l’album… Où en est-il ? Il est fini là ?

DANY DAN : Non, il est pas fini…


THOMAS: T’as enregistré combien de titres pour l’instant ?

DANY DAN: Là j’ai dû enregistrer une trentaine de titres environ…


THOMAS : … pas de quoi faire un album !?

DANY DAN : Ouais, non… mais enfin… C’est vrai j’aurai pu m’arrêter depuis l’année dernière. Mais j’ai eu quelques problèmes au niveau contractuel on va dire, qui ont fait que j’étais bloqué, je pouvais rien sortir, j’étais bloqué par un contrat avec BMG… Là maintenant j’en suis sorti, c’est ça qui a fait que j’ai pu monter mon label et sortir mon disque. Et comme ça fait longtemps que j’ai commencé à enregistrer, il y a des morceaux qui datent et que je dois refaire. Mais je vais terminer d’ici la fin de l’année, et normalement l’album sortira en février 2004.


THOMAS : Va t’il avoir un ambiance générale et laquelle ?

DANY DAN : Oui… On va dire Hip Hop. Très Hip Hop, c’est à dire des grosses basses, assez mélodique, et des beats super durs. Et sinon ça tiendra toujours à ma vision du Hip Hop, très positif. Ramener vraiment la positivité au devant. Actuellement c’est pas cool d’être positif, c’est cool d’être une caille-ra, tu vois, et moi je suis pas une caille-ra et je suis pas d’accord. C’est cool d’être cool. Tu vois ce que je veux dire… C’est super dur, mais je vais essayer de faire ça, c’est mon pari. Que les jeunes se disent «c’est cool d’être un mec posé, bien, qui va pas foutre la merde»… Parce qu’actuellement le mec le plus cool c’est celui qui fait n’importe quoi. Je vais essayer d’inverser cette tendance, ça va être super dur, mais bon...


THOMAS : Les prods ce sera...

DANY DAN : …Il y a du Zox, du Melopheelo, j’ai été voir beaucoup de gens, depuis Mehdi jusqu’à Funky Maestro, en passant par Animal Sons… J’ai vu plein de gens. Voilà, et à la fin je choisirais donc je peux pas te dire il y aura un tel et un tel…


THOMAS : Donc t’as fait le choix d’avoir une large palette et non pas d’avoir une identité musicale…

DANY DAN : Non… Mais j’ai fait le choix d’aller voir plein de gens, mais ce sera pas genre d’une piste à l’autre les sons n’auront rien à voir, non ils vont se ressembler. Il y aura une ambiance dans l’album, une ambiance et un style. Enfin j’espère que c’est comme ça que les gens vont le ressentir.


THOMAS En fait tu as bien précisé au différents producteurs ce que tu voulais qu’ils fassent ressortir…

DANY DAN: Ouais, exactement…


THOMAS : Et au niveau des featuring ?

DANY DAN: Je peux pas trop en parler maintenant… Imagine le morceau je le mets pas après… Alors voilà…


THOMAS : Zoxea a déjà fait un solo et le deuxième ne devrait pas tarder…

DANY DAN : Oui, c’est très imminent.


THOMAS : Très imminent genre quoi ?

DANY DAN: Ah je peux pas te dire de date pour lui, mais je sais qu’il a terminé…


THOMAS : Parce que ça fait plusieurs mois qu’on a des dates et là y’a plus rien…

DANY DAN : De toute façon c’est toujours comme ça dans le pera… Dans la musique en général, on est les rois des rendez-vous manqués ! (rire)


THOMAS : Et donc je voulais savoir si son expérience t’avait aidé, s’il t’avait guidé…

DANY DAN : Ouais, à fond ! Oui, mais plus au niveau des Sages Poètes. A travers le mien je pense pas, mais au niveau des Sages Poètes, tu sais quand il a fait son solo, il a travaillé avec les plus grands, avec Kool Shen, avec Joey Starr, avec Sully B., etc… Il a travaillé avec les plus gros quoi ! Et quand il est revenu, il nous a apporté plein de choses. Avant on avait un côté très très très freestyle, même dans les morceaux conscients, on pouvait très bien partir sur un sujet et à la fin du morceau… on allait n’importe où ! Et il nous a ramené une espèce de rigueur quoi. Genre faut que ce soit un peu plus carré, ceci, cela… Non il nous a ramené beaucoup de choses… Au niveau de la scène aussi. NTM c’est les meilleurs sur scène, et il a tourné avec eux, ça a ramené beaucoup de choses. Quand il est revenu après ça, être à côté du mec sur scène tu te disais «Whaou whaou!!» c’était dangereux tu vois ! Donc voilà aussi c’est pour ça que je me suis dis que quand ce serait mon tour de partir et de faire des concerts tout seul, faut que je travaille bien, que je répète sérieusement, parce que c’est pas juste le studio et le freestyle, on répète pour que ce soit bien carré… On est des musiciens quoi ! et il faut l’assumer, c’est chiant d’aller répéter mais il faut le faire. C’est chiant d’aller s’entraîner mais il faut le faire. Et tu vois, tu fais du sport ? Et bien que ce soit du basket ou un truc, l’entraînement c’est tu fais des pompes, tu fais je sais pas quoi, et tu joues 5 minutes à la fin. Tu vois, et bien c’est comme ça qu’il faut prendre la musique: travailler dans le fond, un truc solide, et ça donne des résultats. Sinon tu compte que sur la chance, et ta forme. Donc si jamais un jour t’es pas en forme, que tu comptes que sur ton pep’s et que t’en as pas, ça va pas être top.


THOMAS : On a déjà un peu abordé le sujet, mais parle-nous de la création de ton label, Disques Durs…

DANY DAN : J’ai créé Disque Durs avec Moda… J’ai rencontré Moda il y a très longtemps, à l’époque de Kool Session, la toute première compile qu’on avait faite, et le courant est passé, on est restés très proches très potes… A la base si je voulais créer Disques Durs c’était pas pour me produire moi-même mais éventuellement pour produire d’autres choses ou bien pour produire des vinyls… Après la vie a fait que Disques Durs est devenu on va dire mon cheval de bataille, et donc c’est sur ça que mon album va sortir… Bref j’ai créé Disques Durs avec Moda et 4 ou 5 associés de Boulogne et voilà on roule quoi ! On va produire mon album, on va se lancer dans des tapes, on va sortir un DVD aussi… un DVD qui va s’appeler «16 mesures», vraiment axé sur le rap, on demande à chaque rappeur de kicker acapella 16 mesures. Il n’y a pas d’interview, pas de ceci, pas de cela, juste 16 mesures. Parce que je trouve qu’acapella, un texte ne sort pas de la même façon et même le mec ne le kick pas de la même façon. Il a une nouvelle vie. Bref, c’est une idée, comme plein d’autres qu’on a… Donc c’est le premier DVD qu’on va sortir, ainsi que pas mal de mixtapes, etc... voilà.


THOMAS : Et c’est donc juste centré sur toi et Moda ?

DANY DAN : Là au niveau des artistes, pour l’instant c’est moi et Moda. On a même le projet de reformer Moda & Dan, lui et moi, parce que l’original Dan a pris sa retraite, il s’est arrêté, et donc il m’a gracieusement donné la permission de le faire. Donc voilà pour l’instant c’est ça, et après un label c’est une entreprise, faut la faire tourner, donc fatalement on va être amenés à produire d’autres gens. Il y a des gens qui tournent autour de nous depuis longtemps, mais on peut pas encore en parler tant que c’est pas sûr…


THOMAS : Je voulais savoir comment s’était faite la connexion avec Triptik sur leur dernier album…

DANY DAN : Oh, un jour j’ai eu un coup de téléphone de Dabaaz, il m’a parlé du projet ça m’a intéressé, j’ai dit ok, on est partis.


THOMAS : Tu le connaissais déjà ?

DANY DAN : Ouais… Pourquoi, t’en est pas content ?


THOMAS : (rire) Si, si, c’est pas ce que je voulais dire. Je voulais ton point de vue…

DANY DAN : Ouais, c’était juste un gros délire… On s’est trouvé tous ensemble dans un studio un après-midi, on s’est saoulé… Voilà le résultat ! (rire)


THOMAS : Je voulais savoir l’actualité des Sages Poètes de la rue, si il y en a une…

DANY DAN : Non, là pour l’instant il n’y en a pas… Dans le futur, après l’exploitation de l’album de Zox' et du mien, on va refaire un album, mais là pour l’instant les Sages Poètes de la Rues c’est Zox' et Melopheelo d’un côté et moi du mien; et dès qu’on a fini nos affaires, on se remet ensemble…


THOMAS : Et Melopheelo, qu’est-ce qu’il fait alors ?

DANY DAN : Melo il est avec avec Zox, et c’est lui qui a réalisé l'album entièrement


THOMAS : Bon, un dernier mot pour les visiteurs du site, ce que tu veux…

DANY DAN : Ce que j’ai a dire, 2 mots, c’est Disques Durs…


Un grand merci à Dany Dan pour son accessibilité et sa bonne humeur
(et sa patience pour avoir résisté à une aussi longue interview, NdJeck!)
Un grand merci à Philippe pour la connexion.
Propos recueillis par Thomas

Dany Dan, membre des Sages Poètes de la Rue, revient sur le devant de la scène, mais seul cette fois, à l’occasion de la sortie prochaine de son album solo. Rencontre avec un des MC les plus talentueux du rap français, à l’occasion du festival Vibrations Urbaines, à Bordeaux. (Il nous avait livré la veille une excellente prestation en live à l’occasion d’un open mic)

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Lundi 30 Janvier 2012
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