
Si c'était à refaire
>>> Kery James
Finie l'époque d'Ideal J et du rap hardcore: Kery James s'est radicalement assagi, lui et son discours, secouant tout le paysage Hip Hop français avec un album original, dépaysant, unique : "Si c'était à refaire" est une réussite complète, écrasante, un recueil de sagesse et de mélancolie (d'ailleurs, le surnom de Kery James n'est-il pas "le mélancolique"?).
Un album très surprenant également, plutôt éloigné de ce à quoi on avait été habitués dans le Hip Hop, et tant mieux. Par moments, on n'a même plus l'impression d'écouter du rap, mais des chants de paix africains... Kery James s'est, au fil des années et de ses expériences (Ideal J, Mafia K'1 Fry) créé une identité musicale unique, très pénétrante, et empreinte d'une grande réflexion. Les thèmes abordés sont aussi graves que savamment traités, et diffusent un vaste message de paix et d'amour, de remise en question, rappés par le flow posé et saccadé du MC. Le meilleur exemple est sans doute le titre "La Honte" qui montre du doigt chaque personne ayant un jour causé du tort à ses parents, volontairement ou pas ("Génération qui fait Honte à ses parents / troque ses valeurs contre celle de l'occident"..."Tes parents t'on soigné / et toi tu les rends malades...") bref, des textes sages et innovants...
La religion de Kery James, l'Islam, dont il est pratiquant, lui interdit l'usage des instruments à vent et à cordes, carence qui aurait pu créer un manque dans la production musicale du disque : pas du tout. Les chants des Gospels R'N'B et autres Zaharya et Hasheem habillent efficacement les instrus de Xylophone et Marimba... Peu d'instruments digitaux pour créer une ambiance profonde et pénétrante, résolument africaine. Sur la plupart des morceaux, un ou plusieurs choristes chantent en background ou lors des refrains, épaulant un MC bourré de convictions.
"Si c'était à refaire" est un skeud déroutant et ce, sur plusieurs plans. D'une, on s'aperçoit que l'Artiste n'a pas lésiné sur les paroles, ne rendant que des morceaux longs de plus de 5 minutes, allant jusqu'à presque 10 minutes pour le dernier, "28 décembre 1977", qui retrace toute sa vie depuis sa naissance jusqu'à la sortie de l'album, sur une prouesse instrumentale impressionnante de profondeur et d'un presque mysticisme: unique, génial, et toutes les louanges possibles...
Des louanges, Kery James en mérite plus d'une: ce skeud force le respect pour bien des raisons. Déjà, les textes, très engagés, étaient un risque en soi: "J'suis pas là pour leur dire c'qu'il veulent entendre"; par moments, on en a presque l'intention de se faire sermonner par son Daron! Loin d'être soûlante, cette manière d'écrire est enrichissante, et pousse bien souvent à réfléchir sur sa condition, surtout lorsqu'il pousse "Vas-y! chante! chante! génération qui fait honte à ses parents! / lorsque les fils ne ressemblent plus à leur père! / et que les filles tiennent très peu de choses de leur mère!" incitant à reprendre avec lui un message de détresse face à la perte des valeurs d'amour et de famille très poussé et finalement, lorsqu'on y pense, très juste, jusqu'à en blesser parfois...
Les émotions émanantes de ce disque sont nombreuses et très fortes: mélancolie, tristesse, indignation, bref, rien de bien réjouissant... reflet d'une réalité que le MC a justement su cerner et expliquer tout au long de 11 pistes exceptionelles, toutes dans le même état d'esprit: nos erreurs du passé nous servirons à éviter celles du futur.
Les morceaux les plus remarquables sont, à mon avis, "Si c'était à refaire", le morceau qui a donné son titre à l'album, "La Honte" à laquelle j'ai déjà fait allusion plus haut, qui aborde mieux que nulle part ailleurs un sujet délicat, et ce, sans aucune retenue, "Deux issues" un message juste et tellement universel que, dans le clip qui en a été tiré, une successions de MC's d'horizons radicalement différents (JoeyStarr, Akhenaton, Sat, Disiz la Peste, 113 ...etc...etc...) se relaient pour reprendre les paroles, "Cessez le Feu", message de désespoir face aux violences et tensions de toutes sortes,"Déséquilibre", relatant du manque de points de repères arrachés par une société bancale et enfin "28 décembre 1977", paisibles lyrics retraçant l'itinéraire du rappeur, narrant et expliquant ses choix et ses erreurs jusqu'à en arriver à aujourd'hui... Le seul morceau qui contienne des invités Hip Hop est "C'qui nous perd", avec la totalité de la Mafia Africaine (renommée pour l'occasion la "Famille Africaine", Kery James ayant déjà exprimé sa réticence à appeler un collectif une "Mafia", et il n'a certainement pas tort): 27 rappeurs sur un titre long de pas moins de 7 minutes 34. C'est d'ailleurs le bémol du disque; la moitié des MC's ne sont pas foutu de s'y aligner avec le rythme (plutôt hardu, c'est vrai) alors que d'autres, comme Demon One (Intouchable) par exemple, posent une excellente prestation. Mais dans l'ensemble, ce morceau aussi est un grand moment et en viendrait presque à faire oublier que c'est la Mafia K'1 Fry qui pose... une prouesse! Ou alors c'est tout simplement la magie du reste de l'album qui pousse à la tolérance et au respect... Pas impossible, car avant "C'qui nous perd", 9 pistes de sagesse et de mélancolie ont déjà tourné...
Bref, "Si c'était à refaire" est un moment fort du rap français, un véritable tournant, et on est déjà certain qu'il y aura dans son histoire un "avant" et un "après", tant il est déjà une référence incontournable. Et comme le dit Kery James lui-même: "J'veux changer le rap / autrement dit le rap j'vais l'changer..."
Ca y est, c'est fait, et avec panache...
Un disque unique, envoûtant, excellent, innovateur, génial, intelligent, déroutant, enrichissant... Un des meilleurs jamais sortis, une réussite totale... et qui force le respect!!!
Un album très surprenant également, plutôt éloigné de ce à quoi on avait été habitués dans le Hip Hop, et tant mieux. Par moments, on n'a même plus l'impression d'écouter du rap, mais des chants de paix africains... Kery James s'est, au fil des années et de ses expériences (Ideal J, Mafia K'1 Fry) créé une identité musicale unique, très pénétrante, et empreinte d'une grande réflexion. Les thèmes abordés sont aussi graves que savamment traités, et diffusent un vaste message de paix et d'amour, de remise en question, rappés par le flow posé et saccadé du MC. Le meilleur exemple est sans doute le titre "La Honte" qui montre du doigt chaque personne ayant un jour causé du tort à ses parents, volontairement ou pas ("Génération qui fait Honte à ses parents / troque ses valeurs contre celle de l'occident"..."Tes parents t'on soigné / et toi tu les rends malades...") bref, des textes sages et innovants...
La religion de Kery James, l'Islam, dont il est pratiquant, lui interdit l'usage des instruments à vent et à cordes, carence qui aurait pu créer un manque dans la production musicale du disque : pas du tout. Les chants des Gospels R'N'B et autres Zaharya et Hasheem habillent efficacement les instrus de Xylophone et Marimba... Peu d'instruments digitaux pour créer une ambiance profonde et pénétrante, résolument africaine. Sur la plupart des morceaux, un ou plusieurs choristes chantent en background ou lors des refrains, épaulant un MC bourré de convictions.
"Si c'était à refaire" est un skeud déroutant et ce, sur plusieurs plans. D'une, on s'aperçoit que l'Artiste n'a pas lésiné sur les paroles, ne rendant que des morceaux longs de plus de 5 minutes, allant jusqu'à presque 10 minutes pour le dernier, "28 décembre 1977", qui retrace toute sa vie depuis sa naissance jusqu'à la sortie de l'album, sur une prouesse instrumentale impressionnante de profondeur et d'un presque mysticisme: unique, génial, et toutes les louanges possibles...
Des louanges, Kery James en mérite plus d'une: ce skeud force le respect pour bien des raisons. Déjà, les textes, très engagés, étaient un risque en soi: "J'suis pas là pour leur dire c'qu'il veulent entendre"; par moments, on en a presque l'intention de se faire sermonner par son Daron! Loin d'être soûlante, cette manière d'écrire est enrichissante, et pousse bien souvent à réfléchir sur sa condition, surtout lorsqu'il pousse "Vas-y! chante! chante! génération qui fait honte à ses parents! / lorsque les fils ne ressemblent plus à leur père! / et que les filles tiennent très peu de choses de leur mère!" incitant à reprendre avec lui un message de détresse face à la perte des valeurs d'amour et de famille très poussé et finalement, lorsqu'on y pense, très juste, jusqu'à en blesser parfois...
Les émotions émanantes de ce disque sont nombreuses et très fortes: mélancolie, tristesse, indignation, bref, rien de bien réjouissant... reflet d'une réalité que le MC a justement su cerner et expliquer tout au long de 11 pistes exceptionelles, toutes dans le même état d'esprit: nos erreurs du passé nous servirons à éviter celles du futur.
Les morceaux les plus remarquables sont, à mon avis, "Si c'était à refaire", le morceau qui a donné son titre à l'album, "La Honte" à laquelle j'ai déjà fait allusion plus haut, qui aborde mieux que nulle part ailleurs un sujet délicat, et ce, sans aucune retenue, "Deux issues" un message juste et tellement universel que, dans le clip qui en a été tiré, une successions de MC's d'horizons radicalement différents (JoeyStarr, Akhenaton, Sat, Disiz la Peste, 113 ...etc...etc...) se relaient pour reprendre les paroles, "Cessez le Feu", message de désespoir face aux violences et tensions de toutes sortes,"Déséquilibre", relatant du manque de points de repères arrachés par une société bancale et enfin "28 décembre 1977", paisibles lyrics retraçant l'itinéraire du rappeur, narrant et expliquant ses choix et ses erreurs jusqu'à en arriver à aujourd'hui... Le seul morceau qui contienne des invités Hip Hop est "C'qui nous perd", avec la totalité de la Mafia Africaine (renommée pour l'occasion la "Famille Africaine", Kery James ayant déjà exprimé sa réticence à appeler un collectif une "Mafia", et il n'a certainement pas tort): 27 rappeurs sur un titre long de pas moins de 7 minutes 34. C'est d'ailleurs le bémol du disque; la moitié des MC's ne sont pas foutu de s'y aligner avec le rythme (plutôt hardu, c'est vrai) alors que d'autres, comme Demon One (Intouchable) par exemple, posent une excellente prestation. Mais dans l'ensemble, ce morceau aussi est un grand moment et en viendrait presque à faire oublier que c'est la Mafia K'1 Fry qui pose... une prouesse! Ou alors c'est tout simplement la magie du reste de l'album qui pousse à la tolérance et au respect... Pas impossible, car avant "C'qui nous perd", 9 pistes de sagesse et de mélancolie ont déjà tourné...
Bref, "Si c'était à refaire" est un moment fort du rap français, un véritable tournant, et on est déjà certain qu'il y aura dans son histoire un "avant" et un "après", tant il est déjà une référence incontournable. Et comme le dit Kery James lui-même: "J'veux changer le rap / autrement dit le rap j'vais l'changer..."
Ca y est, c'est fait, et avec panache...
Un disque unique, envoûtant, excellent, innovateur, génial, intelligent, déroutant, enrichissant... Un des meilleurs jamais sortis, une réussite totale... et qui force le respect!!!

Kery James
LP / sorti en 2001
Chronique de Jeck
note : 18,5/20
01 - Si c'était à refaire
02 - Parce que (feat. Roldan (Orishas))
03 - Ce "a" avilisant
04 - Des terres d'Afrique
05 - La honte (feat. Salif Keita)
06 - Deux issues
07 - Cessez le feu!
08 - Soledad (feat. Leila Rami)
09 - Déséquilibre (feat. Les Nubians)
10 - C'qui nous perd (feat. "la Famille Africaine")
11 - 28 décembre 1977
02 - Parce que (feat. Roldan (Orishas))
03 - Ce "a" avilisant
04 - Des terres d'Afrique
05 - La honte (feat. Salif Keita)
06 - Deux issues
07 - Cessez le feu!
08 - Soledad (feat. Leila Rami)
09 - Déséquilibre (feat. Les Nubians)
10 - C'qui nous perd (feat. "la Famille Africaine")
11 - 28 décembre 1977
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