Enfermé dehors, jamais libre
>>> Mysa
         Voilà deux ans seulement que je connais Mysa. Un rappeur issu de Metz. Son premier album, « Lyricisme, acte et propagande » je ne l'ai écouté qu'après la sortie de son second, « Les poésies du chaos » en 2007. S'il y a des albums qu'on regrette d'avoir acheté, ou même seulement écouté d'une manière ou d'une autre, il y a évidemment des artistes qu'on regrette de ne pas avoir connu plus tôt.
Mysa fait partie de ceux-là. Il fait partie des rares exceptions dans un rap ou la connerie domine avec son ami l'apparence. La réalité occupe déjà une place si importante, si pesante, pour en rajouter dans des textes faisant de Jean-Claude Romand (portait bien son nom !) un sage porteur de vérité.
Bref, revenons dans notre monde de « vrai » rap, enfin là où la mythomanie n'est pas de mise. Depuis la sortie de son second opus, Mysa a sorti un morceau sur la compilation « Sous les pavés, la rage ». Accompagné d'un accord de guitare sèche, un flow posé, toujours précis, une sorte de ballade, mais comme le dirait La Caution, dans le coffre ! Car pour des rimes joyeuses, vous aurez du mal à en trouver.
C'est sur le même style d'instru (signé de Grateight) que commence ce nouvel album. « Les sentiers perdus ». Déjà rageur, on en attendais pas moins, la guitare allégeant un peu le morceau, les accélérations nous mettent petit à petit dans le bain, dans l'ambiance d'un album qu'on pense énorme. A tort ou à raison ?
Comme pour les anciens morceaux, Mysa revient sur ses thématiques de prédilection. Le monde, l'humain, la décadence, l'abrutissement des masses, le rap, la religion... on parle de tout. Sauf qu'il est là pour faire bouger les têtes, enfin, surtout ce qu'il y a à l'intérieur de nos têtes.
On retrouve plusieurs beatmakers pour placer le rappeur sur orbite. La où quelques une m'avaient vraiment rebutés dans le précédent volet, ici, une seule ne m'interpelle pas spécialement (« Encore le ghetto » de Filipego), loin d'être mauvaise, non, simplement une histoire de goût. Les 16 autres sont vraiment de très haut niveau, très diverses, mais comme toujours on garde une identité propre. Je dis 16 car il y a une interlude où l'instru est du human beat box (« Chante le blues »). Al'tarba est toujours là, signant pas moins de cinq instru, toutes excellentes. La première est « Le diable roule en Ferrari », vous comprenez vite sur quoi ce titre se penche. Le nivellement par le bas des esprits, le rôle de la télé la-dedans (« bienvenue dans le nouveaux désordre mondial, la mascarade/ Ou pour devenir un artiste, faut que tu fasses la star ac' »). On enchaîne avec le morceau « Encore le ghetto », description de la rue, du quartier, et surtout des clichés, et la façon dont est traité nos quartiers populaires par les divers médias. Un texte lourd, super lucide, rien n'est oublié, les mauvais côtés comme les bons, l'autocritique et les nombreux reproches à faire aux gouvernements qui se succèdent mais ne changent rien. Volontairement.
Comme dit plus haut, Mysa ne s'attarde pas sur les flingues, ou l'argent facile. L'oeil et la plume critiquent, il se concentre comme à son habitude sur l'être humain et ses conditions de vie. Avec un flow agréable, qui ne dénature pas le texte.
C'est également le premier album où le sionisme est clairement mis en cause. Alors passons le débat, moi j'ai mon avis, et je me considère ni parano, ni antisémite. Hormis le sionisme, on retrouve aussi la manipulation génétique (« Qu'est ce qui fait tourner le monde? »), le formatage, notre avenir avec une puce sous-cutanée. Si peu s'affolent aujourd'hui, pensant cela improbable, impossible à mettre en place... après deux trois faux enlèvements de gamins et « la recherche fructueuse grâce à la puce qu'ils avaient » je vois bien des milliers de parents s'empresser de foutre un code barre à leur gosse. Soit. Mais comme le dit l'artiste, « On ne sait rien », sur une instru ovni (par rapport aux autres) mais qui est magnifique et envoutante, signée Filipégo. Le nouvel ordre mondial, les francs-maçons, les sionistes, nos vies seraient elles déjà écrites? C'est fort possible. Ce titre est vraiment excellent.
Pour certains cet album ne serait rien de plus qu'un mec délirant dans son ghetto, recherchant des infos sur Google, et mettant en rimes. Soit ils sont baillonés, soit ils baillonent...chacun son camp, et chacun son cerveau. Vous l'aurez compris, dans cette pléiade de titres instructifs, trop peut-être pour certains, pas assez dirty, ou pas assez gangsta, on sort forcement grandi, ou au moins confirmé (ou rebuté au choix) sur l'avis que l'on a du monde.
Mysa c'est la vie de tout les jours, sans sucre ajouté. Elle a déjà un sale goût pour la rendre encore plus acide. Et on alterne comme dans la vie entre une humeur rageuse, battante (« Le monde est un barrio » et son instru énormissime, « Pour les anciens » que les plus jeunes devraient écouter, « En temps de guerre »...) et des moments plus calmes, mais pas moins subversifs (« Ma communauté », « Embrassez ma vie » qui est magique, « Une époque formidable », « La route est longue »..). Et je place une spéciale pour le texte, et la production du titre « Ceux qui vivent » (dont le clip est visible sur le myspace de Mysa). Cette instru et son le petit sample de voix me foutent des frissons à chaque fois, big up à Guilty pour cette inspiration! Un texte vrai, comme toujours, mélancolique, mais réel. Je ne peux pas relever une rime ou deux, elles sont toutes parlantes, alors écoutez.
Côté featuring, évidement Krimo est de la partie sur l'unique morceaux à plusieurs. On note la présence également de Reska-P.
On peut résumer cet album à un gros brûlot contre le monde et sa direction. Et sur l'être humain, l'acceptation d'être un mouton, et de se laisser vivre sans opposer une quelconque résistance. Ce disque me plaît beaucoup, c'est, selon moi, le meilleur album de Mysa, peut-être aussi le plus « accessible », n'y voyez pas là-dedans un éventuel formatage. Je trouve que la religion est plus présente que dans « Les poésies du chaos », ce n'est pas mon thème préféré, mais même s'il y a moins de pudeur qu'avant, ce n'est pas non plus du prosélytisme.
Pour ceux qui aime le rap vrai, sans bling bling, sans flingues, ni putes, ni apologie de la violence gratuite, de la drogue, ou de l'abrutissement, ce disque est fait pour vous. Enfin disque...la cerise sur le gâteau, vous pouvez téléchargez cet album en toute tranquillité. C'est la crise...alors c'est gratuit. Mais si vous reconnaissez le taf fournit, vous pouvez via Paypal faire un don. Pour ce genre de production, je pense que c'est moment d'éviter les oursins dans les poches (et pour ceux qui commencent à dire « vas-y toi! », et bien c'est déjà fait, depuis un bail! Pas le chèque du siècle, mais un caillou à l'édifice). Il y a une phrase du Vrai Ben qui me revient dans le titre « Suicide commercial », c'est « Ne soutenez que les vrais artistes/ Et boycottez moi tout ces fumistes/ Allez sur internet, téléchargez leur disque/ Que le talent se paye, et que la merde soit gratuite », quand on voit le nombre de merdes qui prend place dans les bacs de la fnac, et que des albums pareils soient gratuits...comme Roberto a dit, j'ai honte du rap Français. Il est tombé bien bas.
Foncez télécharger cet album, c'est une tuerie!


Mysa
Mars 2009

Chronique de Taiji
note : 18/20

01 - Les sentiers perdus
02 - Le diable roule en ferrari
03 - Encore le ghetto
04 - Le train des illusions
05 - Sous la pluie
06 - Interlude-chante le blues
07 - Seul
08 - Qu'est ce qui fait tourner le monde
09 - Une époque formidable
10 - Pour les anciens
11 - On ne sait rien
12 - Le monde est un barrio
13 - Interlude - Embrasser ma vie
14 - Ma communauté
15 - En temps de guerre
16 - Ceux qui vivent
17 - Incompris (feat Krimo & Reska-P)
18 - La route est longue

du même artiste:
"Les poésies du chaos"


Retour vers les chroniques francophones
Mercredi 10 Février 2010
2010 sera l'année Rapa: (ou ne sera pas)
Driver ! Grain 2 Caf ! Octobre Rouge ! Taipan ! VII ! Des chros express ! Et toujours des rapapodcasts !
© 2010, rapanization.com - contacts - Flux rss