Alors que
l’on attendait un premier album de La Doxa pour suite de leur
2 maxis, le crew de Valence crée la surprise en s’alliant
au groupe coréen Rockstar pour accoucher de ce petit chef d’œuvre.
Un skeud dans lequel les 2 crew clament leur amour du hip hop au travers
de 14 tracks, formant un tout homogène et créatif.
Pourquoi ce projet plutôt qu’un premier album 100% Doxa
? c’est Lemak’Adames qui en parle le mieux : « le
but du projet était de faire un skeud "hiphop" avec
des gars d'autres continents comme Insight (Amérique) et Rockstar
(Asie) pour ouvrir un peu plus l'horizon de l'auditoire, on le résume
bien sur le morceau "Uni Vers" : trop de gars font du rap
pour leurs potes ou pour leur quartier alors que le hiphop a notre sens
est quelque chose de beaucoup plus universel et fédérateur.
Donc on a voulu montrer au gars qui pense être le meilleur MC
de France, et même du monde, qui vient de sortir son premier album
financé par une major, qu'a des milliers de kilomètres
d'ici il y a des gars qui kiffent et qui déchirent autant que
toi (si ce n'est plus)!!! Le hiphop a pris une ampleur considérable
mais ses valeurs sont utilisées a des buts mercantiles (comme
beaucoup de choses finalement) ; le soucis c'est que le hiphop il nous
appartient, c'est nous qui en attisons les braises, donc si des gars
veulent l'éteindre et le remplacer par un briquet... Il faut
dénoncer et redonner au hiphop sa vrai place dans nos vies et
dans nos cœurs... » Une maturité qu’on aimerait
trouver chez plus de groupes à l’heure actuelle.
Sur cet album plutôt sérieux de la Doxa, les prods ont
été confiées majoritairement à Rockstar,
pour un résultat frais aux résonances souvent jazzy («
How Deep » ou « Street Poésie ») et finalement
très hip hop. En tout cas, de ce côté là,
c’est une franche réussite qui prouve que les coréens
n’ont rien à envier au reste du monde ; j’accroche
tout particulièrement sur l’instru aérienne et euphorisante
de Uni Vers, ainsi qu’à la boucle de trompette enjouée
de Street Poésie. Desmo, le beatmaker de la Doxa est lui aussi
présent avec la prod chargée de nostalgie de l’excellent
titre « La misère s’lève de bonheur »
(déjà présent sur le maxi « J’rap j’m’en
fout ») ainsi qu’avec le très entraînant «
break’attitude » qui donne méchamment envie de bouger
la tête.
Les thèmes abordés sont bien définis et traités,
et forme une véritable ode au hip hop, on trouve par ailleurs
un interlude dédié à chaque aspect : le djing,
le clash, le graff (quelques bruits de bombes) et le break. Lemak’Adames
et Marshall’Ombre (que l’on découvre clasheur impitoyable)
se débrouillent toujours très bien avec une écriture
mature et maîtrisée, même si on trouve quelques rimes
faciles, et en tout cas un flow à tout épreuve, qui se
dégage particulièrement sur les passages plus péchus.
Ils sont parfaitement épaulés par les coréens 639
et Verz au rap frais, technique et parfois chantant comme
sur "Flashback"
et par le cainri Insight (Boston).
Cet
album forme un véritable tout, parfaitement orchestré
avec ses interludes et ses temps forts. Les
titres qui s'en dégagent sont "Street Poésie"
où le hiphop est décrit sous l'apparence d'un arbre pour
un morceau d'une qualité rare, "le macadam" le solo
de Lemak'Adames (on s'en serait douté ;) où il personnalise
celui qui tapisse nos villes avec brio. Evidemment le très bon
"La misère se lève de bonheur" ainsi que "going
back" qui revient sur les valeurs perdu du hip hop. Saluons la
créativité du crew avec des morceaux pleins de fraicheur
(dox'attitude !!!)tels que "flashback" qui décrit une
soirée en boîte à la manière d'un retour
vers le futur où les rappeurs peuvent revenir en arrière
pour changer leurs actes, ou l'hilarant "prout line" écrit
en 2 minutes où ils ont cherché les plus mauvaises rimes
possibles. Finalement peu de point faible dans ce skeud, on aurait peut
être aimé plus de morceaux, mais bon...
Pour conclure, cet album aux
featuring internationals, qui tire ses thèmes des bases-même
du hip hop, fait
preuve d'une grande ouverture d'esprit et d'une
inspiration musicale pleine de fraîcheur. Il
constitue une des meilleures surprises de cette première moitié
de l'année et en tout cas mon coup de coeur du moment. Tout ça
pour 10€ ;)