_____A
la première écoute, je me suis clairement dit qu'Azim
serait enfin le rappeur qui allait me réconcilier avec le rap
"conscient". En fait pas du tout, Azim n'est pas un simple
rappeur conscient comme on l'entend, Azim est un poète. Car
c'est bien sa plume que l'on retient et qui nous prend aux tripes.
_____Qu'il s'interroge sur le Loft (l'album
est sorti en 2004), "mais qui filme celui qui filme", et
à fortiori sur la télévision, son pouvoir et
son impact, mais également sur le courant indépendant
face à Skyrock, raccourci certes simpliste mais très
justement analysé, "dis moi qui suivre, quel est l'exemple
si les principes s'achètent" et puis cette phase sans
concession, "peu importe la douleur du moment que je reste fier"
face au "vide vendu sous vide". Des phases coup de poings,
on pourrait en trouver des tonnes, car comme il le dit dans le titre
éponyme, "je viens d'une nappe phréatique que personne
ne voit ni veut entendre, car au dessus de nous, ces grains de sable
sont tous frénétiques, se font balloter par le vent
des modes et se prennent pour des montagnes". Et quand je parle
de poésie, le meilleur exemple en est "Si j'étais
un rêve..." l'énumération est une figure
de style et Azim touche la perfection, "si j'étais un
rêve, je serai l'espoir et pas l'illusion". Alors rêvons...
_____Lyrics tranchants servis au mieux
par un flow qui sait ralentir et accélerer quand il le faut
et surtout qui sait se faire comprendre. C'est là son principal
atout, on capte tout de suite les phases même si les "jeux
de mots" (ne comprenez pas par là drôles, mais intelligents)
nécessitent une écoute approfondie.
_____Dans les tracks incontournables
on retiendra donc celles citées au dessus mais aussi "Stand
up" autant pour la prestation d'Azim que celle de la rappeuse
anglophone Hoopie, et également "Il suffirait" parce
que "la Marseillaise... Et jusqu'à ce qu'elle ne soit
plus dans la bouche d'individus corrompus politiques, j'attends avant
de le serrer contre moi que mon drapeau reprenne ses couleurs et qu'on
rétablisse la république". Et sans oublier l'interlude
qui, du coup, est à pleurer de rire !
_____Les featurings, il y en a trop pour
tous les citer, et c'est là le point noir (infime) de l'album.
Non seulement car le seul titre solo, "Les Caméras tournent"
est l'un des meilleurs mais aussi car souvent les invités sont
là pour les refrains, quasiment toujours chantés ce
qui est vite lassant.
_____Mais ne nous voilons pas la face,
Azim mérite beaucoup plus de reconnaissance, et son écurie
Son2Cave également tant l'atmosphère de cet album se
démarque dans le rap français. Ecoutez et parlez en
autour de vous immédiatement !