Gravité
Zéro, groupe composé de James Delleck qu'on ne présente plus depuis
Acouphène, et Le Jouage moitié du groupe bordelais Hustla qui a explosé
avec l'EP "Paris - Bordeaux - Vitry" sorti en 2001, invente un nouveau
style de rap. Après les livres de science fiction, après les films de
science fiction, nous voici face à un disque de S.F.
On évolue entre Matrix et 1984 de Georges Orwell. Et le titre représentant
à merveille cet état d'esprit est "Infini", track qui ouvre l'album,
oscillant entre textes futuristes et beat en apesanteur. Certes on a
à faire à un titre abrupt mais tellement jouissif lorsqu'on rentre à
fond dedans !
"Progéria Solaire"est également une merveille d'écriture, une vision
apocalyptique de l'avenir. Les deux MC's peignent un monde voué à une
fin certaine. Et les explications se bousculent "peut être que la Terre
ne supporte plus nos excès". On a l'opposition entre Delleck qui n'a
pas été retenu pour le programme Arche de Noé et du Jouage qui fait
partie de cette "poignée d'hommes bénis par la chance" qui quittent
la planète en perdition pour recréer une civilisation sur une autre.
Ce titre mériterait d'être étudié en cours de français dans le cadre
des utopies négatives tant il est bien construit.
Mais ne pensez pas avoir entre les mains un cd rebutant et sombre, bien
au contraire. Le titre "Galactica" par exemple raconte les tribulations
de nos deux comparses dans une boîte de nuit des années 3000. Bref rien
à redire le titre est hilarant surtout James draguant une androïde,
drague qui tourne court puisque "c'est la meuf du bœuf derrière dont
tu monopolises la bouche". Bref les boîtes de nuit je déteste mais j'y
vais tous les week end au Galactica !
Et ce titre enchaîne sur "DJ 3ème type" un instru réalisé à la MPC de
haute voltige. Dans le domaine des instrus le disque regorge de perles
telles "Messe pour le temps futur", l'intro ou encore "Post biologik"
instru très électro, un délice.
En ce qui concerne les featurings, on retrouve Fuzati trublion du rap
français, pour un titre empreint de l'esprit de 1984, une vision du
futur très noire, où nous sommes des machines, un texte qui fait prendre
conscience de la nécessité de sortir de cette monotonie afin d'éviter
la lobotomisation. On est loin du registre habituel du looser et c'est
un pur bonheur.
Le gros feat de l'album c'est "Trou Noir" où l'on retrouve Hi-Tekk et
Buck 65 pour un titre qui fait penser à un freestyle grâce aux interludes
de DJ Fab qui annonce le couplet de chaque rappeur à la manière d'un
commentateur de match de boxe. Là encore des lyrics abruptes mais très
bien construites. Et le début du couplet de Hi-Tekk "est ce que les
androïdes rêvent de flics électriques" vous l'avez déjà vu quelque part,
souvenez-vous...
Pour finir cet album devra figurer dans le top des cadeaux de Noël car
c'est une pure tuerie, rien à redire si ce n'est une évidente difficulté
à accrocher entièrement dès la première écoute mais depuis quand recherchez-vous
la facilité ?