_____C'est
con, je sais pas par où commencer cette chronique. Par une estimation
de mon retard, par rapport au texto que XQlu m'envoyât pour me demander
de la rédiger, il y a déjà bien des semaines (1)? Par mon état de
fatigue avancé, en ce vendredi soir de fin de semaine d'ouvrier maçon
intérimaire (2)? Par l'état lamentable, proche d'une sorte de Delirium
84, dans lequel j'étais lorsque j'écoutais pour la première fois cet
album (3)? De l'état toujours lamentable dans lequel je corrige ce
texte, en ce début de samedi après-midi (et mon état pitoyable, au
saut du lit, un oinj au bec, dans laquelle je corrige, plusieurs semaines
encore après?) (4)? Quatre propositions, une seule réponse possible,
alors youpla boum, écourtons cette introduction Strictement Inutile,
buvons un verre de Gin & Jus ou d'Helium Liquide, et cessons cette
Cavale Sans Issue à travers les méandres des Néons et Pierres Précieuses
imaginaires qui flottent devant mes yeux exténués, il va bien falloir
que je commence, que je pense aux internautes, après tout, Ils M'Observent,
ou plutôt, mon texte. Finalement, je ne suis peut-être qu'Un Séducteur
De trop Dans La Crackzone...
_____Je choisis la proposition 3.
_____Vu que j'attendais beaucoup de cet
album (mais alors vraiment beaucoup), il me fallait absolument me
trouver dans un état réceptif optimum à la musique, donc, fumer quelques
spliffs. Si cet album réussissait à combler la moitié de mes espérances,
il deviendrait mon skeud favori. C'est comme ça, en tout cas, que
je le voyais... Ainsi, "Cadavre Exquis" resta 24 heures environ précieusement
posé sur ma tour à CDs, avant que je me trouve dans les meilleures
dispositions. C'est donc complètement déchiré que je mis pour la première
fois ce subtil skeud dans mon lecteur, et je n'étais point au bout
de mes surprises... "Cadavre Exquis" est un véritable festival, que
dis-je, un majestueux feu d'artifice de flows et de techniques hétéroclites,
de tournures de phrases terribles, d'instrus étranges et jouissifs,
et de thèmes bizarres, bref, ce que le Hip-Hop français pouvait produire
de mieux en la matière (ça y est je suis bien chaud là, la chronique
devrait maintenant se passer sans trop de problèmes:); il fallait
bien sûr pour ça l'association de TTC, la Caution et du trop rare
Saphir le Joailler pour aboutir à ce résultat sans équivoque. Ce skeud
a la classe unique et innovatrice d'une grosse claque, même si il
risque très sérieusement de passer inaperçu du grand public, pour
des raisons que l'on connaît (Kérozen est une petite structure indé,
Skyrock préfère passer "Boum-Boum" que de la musique, bref...). J'arrête
les éloges et je dévelloppe, maintenant.
_____Même en connaissant par coeur les
6 MC's composants l'Armée des 12 (Teki latex, Tido Berman & Cuizinier
(TTC), Nikkfurie & Hi-Tekk (La Caution) et Saphir (des Cautionneures
avec 16S64 et Izno)), encore une fois, cet album est surprenant. Le
côté expérimental prime avant tout, autant au niveau des thèmes et
de leurs développements que de la mise en scène vocale. De cette manière,
Teki Latex passe un bon moment à rapper de manière très dansante,
Hi-Tekk n'en finit plus d'enchaîner ses mots sans temps morts ni respirer,
Saphir bondit littéralement sur la boucle, et ce lorsque Cuizinier
ne hurle pas tandis que NikkFurie use de sa voix la plus joviale ou
que Tido Berman se la joue plus arroguant que jamais.
_____Bref, que du bon! Je ne vous ferais
pas l'affront de vous décortiquer cette merveille titre par titre,
tant le côté "surprise" est un atout indéniable à ce chef-d'oeuvre
et que je préfère vous pousser à l'acheter pour le découvrir vous-même,
mais je peux vous assurer que la qualité suit de bout en bout. "Encre
Sanguine" est en ce moment même en train de me transcender pour la
50ème fois environ... et il me transcendera encore. "Helium Liquide",
le duo Teki + Hi-Tekk, certainement le plus bizarre du lot, vous transportera
dans des univers étranges et envoûtants, à très forte tendance technoïde,
où Teki se livre d'ailleurs à un couplet très bizarre, digne des meilleurs
moments passés à triper sur "Leguman" (souvenirs...); "Néons & Pierres
Précieuses" vous mettra une bonne pêche le matin avant d'aller bosser,
"Un Séducteur de trop dans la Crackzone" est l'idéal à scotcher pour
ses paroles (entre autres)... On remarquera également l'impressionnant
(et je pèse mon mot) beatbox de Kila Kela sur "Bouche à Oreille",
ainsi que le plaisir dégagé par "Les 12". Chaque membre de la famille
à bien évolué depuis "Un jour peut-être", et c'est avec plaisir que
l'on se délecte de chaque piste, de chaque couplet, de chaque instru
(qui sont pour la plupart très riches, ce qui est agréable). Voici
pour les nombreux aspects positifs de cette nouvelle référence en
matière de Hip Hop français. Passons maintenant aux quelques défauts...
car malheureusement, objectivement, il y en a. Tout d'abord, si "Cadavre
Exquis" trouve sa principale force dans la complémentarité et la différence
des prestations de ses MC's, on regrettera que les instrus (produits
par DJ Duke, NikkFurie, DJ Fab, Tido Berman et Para One) soient en
général si "électriques". Si le trip électro a fait de "Crash Test"
un bijou, il est ici parfois un peu fade, à la longue. Moi, j'aime
bien aussi, après quelques passages oppressants, entendres quelques
délires joyeux et réconfortants, au niveau instrumental. Déception:
ils ne représentent qu'une petite minorité! Mais attention, ça reste
du très grand cru, pour une grande majorité. Par contre, certains
titres peuvent lasser, à la longue, tel " Ils m'observent", dont le
texte est réellement hardu à décrypter, ou "Messagerie Vocale", qui
n'est finalement que moyennement passionnant. De plus, "Cavale Sans
Issue" est un peu terne; pourtant, Cuizinier avait si bien commencé
(après l'intro de NikkFurie) qu'on aurait au premier abord pu s'attendre
à un titre explosif et plein d'énergie, mais finalement, ben non.
Mais là, je cherche vraiment la petite bête (comme ça notre chroniqueur
et néanmoins copain malin El Brega ne m'accusera plus de me branler
gratuitement sur mes skeuds préférés;). Mais ma plus grosse vraie
et amère déception (et ça c'est totalement personnel et n'engage que
moi), est définitivement l'abscence de Fuzati. Un titre avec cet athlète
de l'impro aurait été la cerise sur le gâteau, la hache sur le cadavre,
bref, l'apothéose: malheureusement, non, il n'y est pas, et seul Orgasmic
fait acte de présence, officiant quelques scratches sur "Bouche à
Oreille"... Versons une larme à l'abscence du looser le plus killah
de la planète.
Ce qui nous amène logiquement à parler des featurings: à ce niveau-là,
c'est assez pauvre, et tant mieux, ainsi on reste dans l'esprit. Nous
avons James Delleck sur "Messagerie Vocale" (on regrettera sa trop
courte prestation, mais ils sont 7 sur le titre), Octobre Rouge sur
"Strictement Inutile", une sorte de suite à "Toi" et "Toi-même", que
les connaisseurs auront su apprécier, et le ricain Buck65 sur le mythique
"Néons & Pierres Précieuses". Et Kila Kela en beatbox sur, encore
une fois "Bouche à Oreille", et sur le titre caché, "Please", qui
n'a malheureusement rien d'inédit...
_____Bref, si cet album n'est pas non
plus absolument parfait, il n'en reste pas moins aussi mythique, dans
un autre style, que l'est "Métèque et Mat" d'Akhenaton ou "Temps Mort"
de Booba. Une référence, un grosse claque, comment dire? Un pur bonheur,
contenu dans une pochette excellente, 1 heures, 9 minutes et 56 secondes
du plus puissant des Hip-Hop expérimentaux. Mention spéciale à Hi-Tekk,
pour toutes ses prestations, et mention d'honneur à Saphir, qui nous
prouve qu'il mériterait d'apparaître plus souvent, laissé un peu dans
l'ombre de la Caution et Delleck, chez Kérozen. Enfin bon, les 6 (enfin
les 12) excellent, c'est de plus en plus flagrant.
_____Un skeud qui ne se grave pas, mais
qui se banque en original et auquel on réserve la meilleure place
dans la Tour à CD, que l'on prend bien garde à ne point âbimer et
que l'on chérit comme on chérit ces reliques de la vie qui vous fournissent
tant de plaisir. Indispensable pour pouvoir parler décemment Hip-Hop.
Enfin moi j'aime beaucoup...