L'ATELIER - Buffet Des Anciens Elèves
Hip Hop Parisien
LP / sorti en 2003
Chronique de Jeckyll

à savoir:

L'Atelier est un projet commun de Teki Latex (TTC), Cyanure (Legadulabo), James Delleck, Fuzati (le Klub des Loosers), Paraone et Tacteel, bref, que du beau monde! Au départ prévu sous format mix-tape, il sortira finalement en CD...
Avec 4 MC's tels que Teki Latex, Fuzati, James Delleck et Cyanure, on était en droit d'attendre de ce premier disque de l'Atelier un expérience étrange et... expérimentale. De ce côté-là, autant dire qu'on est servis: préparez-vous à rentrer dans un univers à part. Le "Buffet des Anciens Elèves", puisque c'est son nom, ressemble plus à un album concept qu'à un album Hip Hop. Seulement 6 morceaux à proprement parler, 5 titres instrumentaux (dont un caché), 2 interludes (dont une, "Collier de Nouilles", réellement hilarante!) et un poème de Fuz', bref, rien n'a été privilégié, tout a été essayé! Et on ne s'en plaindra certainement pas, si ce n'est que 3/4 d'heures de musique, c'est un peu court, comparé à mes attentes, en tout cas.
Bref, concrètement, qu'avons-nous à se mettre sous la dent, ou plutôt, sous l'oreille? Les instrus, délégués aux bons soins de James Delleck, Paraone et Tacteel (DJ de feu ATK), sortent tous du lot et dégagent tous une athmosphère étrange, parfois relativement brouillone et assez froide. Ambiance contrastant avec l'agréable diversité des flows des 4 MC's: voir cohabiter Fuzati et Cyanure sur le même titre, c'est une première à applaudir, et cela apporte une complémentarité assez inédite. On ne s'ennuie à aucun moment, lors de la langueur moite de "La ville en juin" ou de l'entrain et l'énergie dégagée par "Le Hip Hop c'est mon Pote"; il ne faudra pas espérer voir ici aborder des thèmes sociaux ou un tant soi peu conventionnels! Le seul titre à caractère révolté reste "La fête de la musique" qui dénonce l'état de décomposition de la culture musicale en général et les "artistes" qui se font mousser grâce à leur merde. Dès le premier titre, "Ne soit pas triste", c'est à Teki Latex que revient la tâche de nous mettre dans le bain: "Pétale de rose, feu d'artifice et sirop d'érable", "Manège enchanté, tendre insoucience, magie", que dire de plus? Que l'on est heureux de retrouver NeCya, qui se faisait trop rare depuis quelque temps, ainsi que Fuzati, qui n'a jamais vraiment été omniprésent dans le Hip Hop.
Le titre qui marquera le plus les esprit sera certainement "Le Hip Hop c'est mon pote", entraînant et au refrain ravageur: "Le Hip Hop c'est mon ami / moi aussi, moi aussi! / c'est notre ami commun, dans le rap on est tous copains!", où nos 4 artistes déchaînés prennent un plaisir véritable à personnifier le Hip Hop. On y apprend entres autres que Fuzati est l'ami du Hip Hop, même s'il doute que lui soit vraiment le sien, quand il pense à toutes les fois où il l'a laissé en chien à l'entrée des concerts, ce fameux copain qui serait juif et homo, et peut-être même un tout petit peu con, car il ne se rend pas compte que beaucoup ne visent qu'à son exploitation (je cite, là:). Il y a de grande chances que les paroles en fâchent certains... Lyricalement, le "Buffet des Ancien Elèves" est une véritable mine d'or de rimes cultes, comme par exemple, fidèle à lui-même, Fuzati qui fait remarquer très justement que cette prostitué ne pourra pas lui donner d'amour si les distributeurs refusent de lui donner de l'argent. James Delleck, comme à son habitude, philosophe acidement, Teki Latex réussi encore à surprendre avec des textes aussi surréalistes que barrés... quand à Cyanure, il prend son pied à cracher sur les clichés et les stéréotypes du rap français. Un régal!
Instrumentalement, on pourrait reprocher trop de froideur au tout, mais le point le plus négatif reste l'aspect parfois vraiment brouillon, qui pourra nuire à l'audibilité de certains passages, mais rien de trop grave en général, et l'ensemble reste (bien) plus qu'acceptable, même s'il faudra s'accrocher pour tout comprendre! Les titres uniquement instrumentaux s'écoutent. Ils ne sont pas tous cultes, mais des perles comme "Yaourt Placenta", qui dégage quelque chose d'exeptionnel, ne peut que pousser à l'indulgence, tant l'expérimentation peut-être poussée loin: "Acapellas & Cathedrals", qui clôt bizarrement le disque, en est la meilleure preuve. S'il fallait donner une mention d'honneur à une piste de cet album, je crois qu'elle reviendrait au poème que Fuzati nous fait la grâce de nous offrir dans "La Fille à cinq sous"; on imaginait pas que notre Looser préféré puisse faire une hymne désespérée à l'amour: ça fait presque chaud au coeur! Simple et sans artifice, toute la magie tient dans la frustration décomplexée de l'artiste, qui prouve par la même qu'il est capable de parler d'autre chose que de baiser des cul-de-jattes ou d'adolescents boutonneux très déçus par votre comportement... Et depuis le temps que j'attendais de pouvoir l'entendre sur plus de 2 titres inédits à la suite! Bref, s'il fallait résumer les atouts de ce skeud en deux mots, je dirais "expérimental" et "unique". S'il fallait en faire de même avec les défauts, je dirais "brouillon" et "court". En résumé, à part presque égale entre instrumental et vocal, le "Buffet des Anciens Elèves" sera un achat obligé pour quiconque aime au moins l'un des MC's ici présent, une acquisition intéressante pour qui aime se pencher à ce que le Hip Hop peut expérimenter, mais peut-être bien une amère expérience pour ceux qui ont la conviction profonde que le rap n'est qu'une musique revendicative, et rien d'autre. Une chose est sûre cependant, l'Atelier ne pourra pas vous laisser sans réactions.
Moi, je suis conquis!
Note: 16,5/20
Tracklist:
01 - Ne sois pas triste
02 - Le Hip Hop c'est mon pote
03 - Bean Dogs
04 - La Fête de la Musique
05 - All about Yves
06 - Je pense cependant qu'on approche
07 - Collier de Nouilles
08 - La ville en juin
09 - Epiderme skit
10 - Sans fin
11 - Yaourt - Placenta
12 - La fille à cinq sous
13 - Acapellas & Cathedrals