Recueil
des anciens maxis de James Delleck, "Acouphène" ne
compte que 4 inédits (sans compter l'intro et l'outro), dont
2 uniquement instrumentaux. Une déception? Alors rassurez-vous,
car ce premier EP du chevelu est une merveille: 40 minutes de bonheur!
Le style très atypique du MC de Vitry avait déjà
fait ses preuves avec des titres comme "Mais c'est qui?" ou
"C'est in", pour citer les exemples certainement les plus
connus, et on ne se lasse pas de les réécouter ici ouvrir
le disque, après une intro ayant pour ambition de vous placer
à l'intérieur d'un cerveau tout droit sorti d'un concert
ou les baffles ont du bien cracher à l'écoute du sifflement
strident qui y résonne... un acouphène quoi! La sensation
de résonnance interne persistante et irritante que l'on ressent
après chaque concert digne de ce nom donne donc son titre à
ce CD qui regorge de fraîcheur, d'inhabituel et de poésie.
On a donc le plaisir de redécouvrir le classique "c'est
in" en 3 version, dont une cachée: la version originale,
une version Hip-Hop et une troisième, beaucoup plus expérimentale
aux tendances quelque peu disco. Dans ce titre, Delleck se glisse dans
la peau d'un "mec branché", "caricature de con
sans le voir qui bosse dur son charisme à coups de lunettes noires
fumées", bref, le beauf de première classe fervent
auditeur de Skyrock, vous savez, ce mec qu'on connaît tous forcément,
décrit ici juste dans la frontière entre amère
réalité et caricature abusive, le tout avec une diction
impeccable. On remarque avec plaisir que ces 3 versions ne sont pas
simplement de bas remixs, mais qu'ils sont intégralement re-rappés
pour coller au mieux à l'instrumental (toutes les prods, sauf
celle du "Sourire" et de "Radio libre" qui a été
faite avec le Jouage, sont d'ailleurs de Delleck). Mis à part
que 3 fois le même morceau en moins de 3/4 d'heure finit par enlever
l'originalité du titre, on ne peut nier que les 3 versions sont
des réussites, chacune avec sa propre identité et qui,
personellement (et même si les lyrics restent rigoureusement identiques
à chaque fois) me donne à chaque fois une vision du beauf
en question un peu différente dans son attitude... enfin bref,
on visualise bien l'état du mec à l'écoute des
morceaux, ce qui est un excellent point pour un MC qui ne cesse de jouer
le rôle des autres... mais ça, nous en reparlerons plus
tard.
Avant cet EP, mon morceau favori de James Delleck était sans
conteste "Radio Libre", avec le Jouage, ou le beat n'a de
cesse de ralentir en fin de mesure pour mieux repartir au début
de la suivante. Ce morceau a été lui aussi réinterprêté
par les 2 intéressés et en ressort encore plus fort; et
on dira ce qu'on voudra de "c'est in", mais, de tous les titres
repris ici, c'est celui-ci que je préfère. Ce titre se
propose tout simplement d'agresser lyricalement Skyrock, et c'est entièrement
réussi. C'est peut-être juste un peu dommage que le "Fuck
Sky" qui ponctuait parfaitement le titre ai été retiré
(Delleck ne voulait pas sombrer dans la provoc' vulgaire facile) tout
comme l'intro du morceau avec Cuizinier qui faisait passer les animateurs
de Sky pour de vieux dèps dégénérés
(cette intro utilisait un sample d'Eminem qui n'a pas pu rester pour
cette réédition), mais ça n'enlève rien
au titre en lui-même.
Les lyrics sont globalement très justes, souvent poétiques
comme sur "Aère" (déjà présent
sur la compil' "Projet Chaos") qui n'est qu'un vaste repos
auditif, un bonheur à écouter, même si je trouve
que les voix du refrain n'y avaient pas autant leur place que pour "c'est
in" ou "Mais c'est qui?".
Il faut dire que Delleck affectionne apparemment les choeurs au timbre
compressé, et c'est loin d'être rare d'en entendre ponctuer
les refrains. C'est peut-être un peu dommage qu'il y ait recours
aussi souvent, mais ça c'est un avis tout personnel... mais je
soutiendrais longtemps qu'il ne faudra pas en remettre tous les 2 titres
dans le futur;)
Bref, je parlais au début de 4 inédits. Comme je veux
garder le meilleur pour la fin, je vais d'abord parler des instrumentaux:
chose rare, ils ne font pas juste office d'interlude mais bien de pistes
à part entières, avec des évolutions, des changements...
"Hutch 70'", comme son nom pouvait le laisser présager,
rapelle fortement une ambiance à la Starsky & Hutch, avec
un beat très percutant et des notes entraînantes. Ca n'est
pas ce que j'écouterais en permanence, mais il faut avouer qu'entre
2 titres, la track se glisse sans accroc, même si elle reste peut-être
un peu longue (4 minutes 37 quand même). Quand à la seconde,
rien à voir: "La Bulle" a pour ambition de vous placer
dans une bulle qui vole au gré du vent, légère,
hasardeuse... et ça, c'est magnifique! Je ne vais pas vous décrire
chacune des notes de la mélodie mais vous encourager vivement
à l'écouter, par quelque moyen que ce soit, tant c'est
beau et original. Voilà, c'est dit.
J'en vient maintenant au principal: les 2 morceaux inédits.
Dans le premier, "Antéchrist", Delleck prend une fois
encore l'identité d'un autre, à savoir un psychopathe
skysophrène interné en hôpital psychiatrique, racontant
sa propre histoire faite de meurtres et de tortures, physiques et mentales,
explorant le thème de la démence et de la dégénérécence
avec majesté, sur un instru oppressant et tout aussi chaotique
que la personnalité exposée... une grande claque, un futur
classique! Sans conteste le meilleur passage du disque.
Dans le seconde, l'ambiance change du tout au tout: après le
psychopathe, Delleck se met cette fois-ci à la place d'un paisible
vieillard sur son lit de mort, sur un instru uniquement composé
de notes de piano, c'est en a capella qu'il nous fait ici son message
d'Adieu... très beau, à écouter comme à
comprendre, bref, une nouvelle réussite...
Enfin, "Acouphène" se finit avec une outro psychédélique
et déroutante de la durée d'un morceau, et qui joue tout
aussi bien le rôle d'épilogue pour cet EP que d'introduction
pour un futur album, ou en tout cas, c'est bien l'impression que ça
m'a donné.
Bref, ça commence bien, ça se déroule bien et ça
se termine on ne peut mieux. Mais il y a un "mais", et un
de taille: L'abscence du titre "Le Lampadaire", que Delleck
ne voulait plus voir jouer que sur scène, et c'est bien dommage,
au vu de la qualité du morceau a capella, mais bon, on a pas
à se plaindre non plus!
On remarque également qu'au fil du temps, James Delleck semble
de plus en plus prendre goût à se glisser dans la peau
des autres afin de mieux en cerner les personnalités... Skysophrène
ou juste talentueux?
Ecoutez "Acouphène", la réponse est pas dure...
Original, déroutant, parfois limite crispant, poétique
ou reposant, cet EP est à lui seul un univers à part!