JAMES DELLECK - Acouphène
Hip Hop Parisien (Vitry)
EP / sorti en 2002
Chronique de Jeckyll

à savoir:

Trop méconnu du grand public, Delleck n'est pas un jeunot puisqu'il officie dans le Hip-Hop depuis plus de 10 ans, lors-qu'il formait avec Ill, Laddjah et Hifi le collectif "La Horde". Aujourd'hui signé chez Kérozen Music, il est fier de jouir d'une liberté artistique totale; cet EP, où il joue à la fois le rôle de compositeur et de MC, est sa meilleure carte de visite.
Recueil des anciens maxis de James Delleck, "Acouphène" ne compte que 4 inédits (sans compter l'intro et l'outro), dont 2 uniquement instrumentaux. Une déception? Alors rassurez-vous, car ce premier EP du chevelu est une merveille: 40 minutes de bonheur!
Le style très atypique du MC de Vitry avait déjà fait ses preuves avec des titres comme "Mais c'est qui?" ou "C'est in", pour citer les exemples certainement les plus connus, et on ne se lasse pas de les réécouter ici ouvrir le disque, après une intro ayant pour ambition de vous placer à l'intérieur d'un cerveau tout droit sorti d'un concert ou les baffles ont du bien cracher à l'écoute du sifflement strident qui y résonne... un acouphène quoi! La sensation de résonnance interne persistante et irritante que l'on ressent après chaque concert digne de ce nom donne donc son titre à ce CD qui regorge de fraîcheur, d'inhabituel et de poésie.
On a donc le plaisir de redécouvrir le classique "c'est in" en 3 version, dont une cachée: la version originale, une version Hip-Hop et une troisième, beaucoup plus expérimentale aux tendances quelque peu disco. Dans ce titre, Delleck se glisse dans la peau d'un "mec branché", "caricature de con sans le voir qui bosse dur son charisme à coups de lunettes noires fumées", bref, le beauf de première classe fervent auditeur de Skyrock, vous savez, ce mec qu'on connaît tous forcément, décrit ici juste dans la frontière entre amère réalité et caricature abusive, le tout avec une diction impeccable. On remarque avec plaisir que ces 3 versions ne sont pas simplement de bas remixs, mais qu'ils sont intégralement re-rappés pour coller au mieux à l'instrumental (toutes les prods, sauf celle du "Sourire" et de "Radio libre" qui a été faite avec le Jouage, sont d'ailleurs de Delleck). Mis à part que 3 fois le même morceau en moins de 3/4 d'heure finit par enlever l'originalité du titre, on ne peut nier que les 3 versions sont des réussites, chacune avec sa propre identité et qui, personellement (et même si les lyrics restent rigoureusement identiques à chaque fois) me donne à chaque fois une vision du beauf en question un peu différente dans son attitude... enfin bref, on visualise bien l'état du mec à l'écoute des morceaux, ce qui est un excellent point pour un MC qui ne cesse de jouer le rôle des autres... mais ça, nous en reparlerons plus tard.
Avant cet EP, mon morceau favori de James Delleck était sans conteste "Radio Libre", avec le Jouage, ou le beat n'a de cesse de ralentir en fin de mesure pour mieux repartir au début de la suivante. Ce morceau a été lui aussi réinterprêté par les 2 intéressés et en ressort encore plus fort; et on dira ce qu'on voudra de "c'est in", mais, de tous les titres repris ici, c'est celui-ci que je préfère. Ce titre se propose tout simplement d'agresser lyricalement Skyrock, et c'est entièrement réussi. C'est peut-être juste un peu dommage que le "Fuck Sky" qui ponctuait parfaitement le titre ai été retiré (Delleck ne voulait pas sombrer dans la provoc' vulgaire facile) tout comme l'intro du morceau avec Cuizinier qui faisait passer les animateurs de Sky pour de vieux dèps dégénérés (cette intro utilisait un sample d'Eminem qui n'a pas pu rester pour cette réédition), mais ça n'enlève rien au titre en lui-même.
Les lyrics sont globalement très justes, souvent poétiques comme sur "Aère" (déjà présent sur la compil' "Projet Chaos") qui n'est qu'un vaste repos auditif, un bonheur à écouter, même si je trouve que les voix du refrain n'y avaient pas autant leur place que pour "c'est in" ou "Mais c'est qui?".
Il faut dire que Delleck affectionne apparemment les choeurs au timbre compressé, et c'est loin d'être rare d'en entendre ponctuer les refrains. C'est peut-être un peu dommage qu'il y ait recours aussi souvent, mais ça c'est un avis tout personnel... mais je soutiendrais longtemps qu'il ne faudra pas en remettre tous les 2 titres dans le futur;)
Bref, je parlais au début de 4 inédits. Comme je veux garder le meilleur pour la fin, je vais d'abord parler des instrumentaux: chose rare, ils ne font pas juste office d'interlude mais bien de pistes à part entières, avec des évolutions, des changements... "Hutch 70'", comme son nom pouvait le laisser présager, rapelle fortement une ambiance à la Starsky & Hutch, avec un beat très percutant et des notes entraînantes. Ca n'est pas ce que j'écouterais en permanence, mais il faut avouer qu'entre 2 titres, la track se glisse sans accroc, même si elle reste peut-être un peu longue (4 minutes 37 quand même). Quand à la seconde, rien à voir: "La Bulle" a pour ambition de vous placer dans une bulle qui vole au gré du vent, légère, hasardeuse... et ça, c'est magnifique! Je ne vais pas vous décrire chacune des notes de la mélodie mais vous encourager vivement à l'écouter, par quelque moyen que ce soit, tant c'est beau et original. Voilà, c'est dit.
J'en vient maintenant au principal: les 2 morceaux inédits.
Dans le premier, "Antéchrist", Delleck prend une fois encore l'identité d'un autre, à savoir un psychopathe skysophrène interné en hôpital psychiatrique, racontant sa propre histoire faite de meurtres et de tortures, physiques et mentales, explorant le thème de la démence et de la dégénérécence avec majesté, sur un instru oppressant et tout aussi chaotique que la personnalité exposée... une grande claque, un futur classique! Sans conteste le meilleur passage du disque.
Dans le seconde, l'ambiance change du tout au tout: après le psychopathe, Delleck se met cette fois-ci à la place d'un paisible vieillard sur son lit de mort, sur un instru uniquement composé de notes de piano, c'est en a capella qu'il nous fait ici son message d'Adieu... très beau, à écouter comme à comprendre, bref, une nouvelle réussite...
Enfin, "Acouphène" se finit avec une outro psychédélique et déroutante de la durée d'un morceau, et qui joue tout aussi bien le rôle d'épilogue pour cet EP que d'introduction pour un futur album, ou en tout cas, c'est bien l'impression que ça m'a donné.
Bref, ça commence bien, ça se déroule bien et ça se termine on ne peut mieux. Mais il y a un "mais", et un de taille: L'abscence du titre "Le Lampadaire", que Delleck ne voulait plus voir jouer que sur scène, et c'est bien dommage, au vu de la qualité du morceau a capella, mais bon, on a pas à se plaindre non plus!
On remarque également qu'au fil du temps, James Delleck semble de plus en plus prendre goût à se glisser dans la peau des autres afin de mieux en cerner les personnalités... Skysophrène ou juste talentueux?
Ecoutez "Acouphène", la réponse est pas dure... Original, déroutant, parfois limite crispant, poétique ou reposant, cet EP est à lui seul un univers à part!
Note: 17,5/20
Tracklist:
01 - Intro
02 - Mais c'est qui?
03 - C'est "in"
04 -
Hutch 70'
05 -
Radio libre (feat. Le Jouage)
06 -
C'est "in" (Hip-Hop version)
ghost track: C'est "in" (3ème version)
07 -
La Bulle
08 -
Antéchrist
09 - Aère
10 - Le Sourire
11 - Outrolynchienn